NASTA ROJC - A critical retrospective

 
 
15.04.2014 - 01.06.2014

NASTA ROJC – LA RETROSPECTIVE CRITIQUE

Même si aujourd'hui, au vingt et unième siècle, la question du genre dans la peinture ou bien toute autre discipline visuelle, n’est plus d’actualité, il y a une centaine d'années, cette même question était pourtant bien cruciale.
Quoique l’on en dise, la question du genre concernait surtout la présence de femmes artistes sur la scène visuelle de l’époque. Et de fait, les expositions du Salon croate ayant eu lieu au sein du Pavillon des arts, témoignent du nombre de femmes artistes. En effet, dans les catalogues de ces expositions sauvegardés, nous pouvions déjà trouver à cette époque de nombreux noms de participantes : Zdenka Pexidr-Srića, Zinaida Bandur, Leopoldina Schmidt-Auer, Sonja Tajčević-Kovačić, Lina Crnčić-Virant, Zoe Borelli, Henrika Šantel, Ludmila Woodsedalek (Mila Wood)... Parmi ces noms, nous trouvons très souvent le nom d’une peintre originale, qui deviendra fondatrice du Club des femmes artistes (1928) et restera dans les mémoires comme une initiatrice de la peinture « féminine » dans l'art croate moderne. Il s’agit-là de la peintre Nasta Rojc.
A l'occasion de diverses commémorations, je me pose souvent la question si je me rappellerais de quelqu'un ou de quelque chose, s’il n’y avait pas de commémoration, de date anniversaire ou d’autre forme de célébration. Pour le meilleur ou pour le pire, cela dépend de la manière de voir les choses et de l’époque à laquelle on appartient. Dans tous les cas, nous nous rappelons de personnes chères à nos cœurs, à l'occasion d'anniversaire de leur décès ou de leur naissance.
Nous nous sommes rappelés aussi de Nasta Rojc à l'occasion de deux grands anniversaires – les 130 ans de sa naissance et les 50 ans de sa mort. Nous avons célébré ces deux évènements au Pavillon des arts, par une exposition dont le catalogue est celui que vous tenez entre les mains : Nasta Rojc, la rétrospective critique. Par cette exposition rétrospective, Nasta Rojc est un peu chez elle – au Pavillon des arts. C'est là, en plus du Salon Ullrich, que Nasta Rojc a présenté ses premières expositions. Plus précisément, elle y a tenu sa troisième exposition personnelle. Nasta Rojc, comme ses nombreux contemporains, a exposé entre le Salon Ullrich et le Pavillon des arts, mais c’est surtout par sa dernière grande exposition, celle de 1996/1997, que nous nous rappelons du Pavillon des arts. 
Tandis qu'elle était présente sur la scène artistique de son vivant, cette peintre tomba peu à peu dans l'oubli après sa mort. La liste de ses expositions personnelles était plus nombreuse durant sa vie. C'est précisément ici, au Pavillon des arts, que cette exposition rétrospective a créé un changement. Đurđa Petravić Klaić a fait un grand travail lors des années 1996 et 1997, en recueillant un nombre remarquable d’œuvres de la peintre. Par la suite, l’exposition la plus significative, qui réunissait les œuvres de Lahovski et de Nasta Rojc, a été organisée par Leonida Kovač en 2007 au Musée d'architecture. Ces deux expositions, y compris celle de la rétrospective critique, forment une trilogie qui nous permet désormais de voir, d’évaluer et d’estimer plus clairement et avec du recul l'œuvre complète de cette peintre, qui était sans doute une personnalité hors du commun et originale sur la scène visuelle de l'art moderne en Croatie. C'est justement par rapport à ce qui a été dit précédemment qu’il faut chercher à savoir si la deuxième exposition rétrospective de Nasta Rojc était nécessaire dans une période de moins de deux décennies. Il s’avère qu’elle était nécessaire, d'autant plus que pendant ces deux dernières années, nous avons effectué une recherche intensive sur les collections privées la concernant, c'est à dire auprès de propriétaires privés possédant des œuvres qui n’ont jamais été exposées, voire des œuvres jamais dévoilées au grand public. Cette recherche intensive, qui a duré deux ans, a enfin porté ses fruits, car un grand nombre de peintures de Nasta Rojc étaient entre les mains de  propriétaires privés en Croatie et à l'étranger. Ces toiles se sont trouvées en leur possession de différentes manières, avec de différentes provenances, et lors de différentes occasions. Toutefois, nous parlons le plus souvent d’un héritage familial, et donc de peintures qui sont passées d'une génération à l'autre. C'est à des événements pareils que les meilleures histoires de Nasta sont liées, celles qui nous emmènent loin dans le passé. Parmi elles, les huiles sur toile Portrait d’Antun Ullrich et Portrait de Betti Ullrich, ainsi que Nature morte aux masques, n’ontjamaisété exposés au grand public. Hormis leurs propriétaires ou leurs invités, personne n’était au courant de leur existence. A ce propos, ces trois peintures évoquent la belle et longue amitié entre Nasta Rojc et Antun Ullrich, galeriste légendaire, initiateur de l’emblématique Salon Ullrich. Nous ne savons pas si Antun Ullrich a commandé le portrait de sa femme Betti ainsi que son propre portrait, ou si Nasta les a volontairement peints. Cela dit, Nasta a offert à Antun Ullrich une peinture intrigante intitulée Nature morte aux masques, issue d’une collection privée. La grande découverte qui a suivie a eu lieu en 2013, quand la directrice d’alors du Théâtre National de Zagreb, Ana Lederer, m’a invité à voir une peinture dans son bureau, à savoir une grande huile sur toile appelée Portrait de l’actrice, représentant une femme charismatique signée de la peintre, et n’ayant jamais été exposée ou présentée au grand public. C’est une peinture monumentale, un chef d’œuvre qui prouve encore une fois que cette peintre était une excellente portraitiste ! Encore de nombreuses peintures récemment découvertes pourraient faire l’objet d’un témoignage intéressant, mais il n’est pas possible de toutes les énumérer ici. En fin de compte, la découverte de ces trois œuvres, après avoir conclu la sélection des œuvres pour la rétrospective, est certainement la plus importante de la recherche effectuée sur cette artiste à long terme. Il s’agit là de trois peintures imposantes de Nasta Rojc de la collection privée Hanžeković. Avec le chef-d’œuvre Paysage maritime, huile sur toile de 1938, aux dimensions impressionnantes de 134 x 179 cm, qui est sûrement parmi les plus grandes toiles de Nasta, il y a également deux peintures tout à fait inhabituelles et inattendues de son œuvre complète – Beauté et Puissance. Ces peintures de Nasta sont atypiques, elles sont le produit de commandes spécifiques. Elles étaient toutes les deux commandées par la Loge des Francs-Maçons, qui se trouvait dans la rue 22 Adolph Mišin, aujourd’hui la rue 24 Vladimir Nazor.  La Loge était alors appelée L’amour de son prochain, et ces peintures y étaient présentes. Elles ont reçu leurs noms d’après trois petites lumières qui éclairaient le temple des Francs-Maçons – Amour, Puissance et Sagesse. Nous ne savons pas si la troisième peinture qui représentait la sagesse a vraiment existé. Sur les deux autres peintures sont visibles les symboles propres aux Francs-Maçons - pentagramme, compas et équerre, ainsi qu’une pierre brute et travaillée. Le symbole de la pierre brute incarne l’homme immature et irréfléchi, alors que la pierre travaillée, elle, représente la quête d’un idéal. Les deux œuvres sont intéressantes du point du vue artistique et visuel, et nous croyons que cette exposition sera un motif pour une analyse et une critique plus profonde.
Il faut souligner ici l’importance de l’autoportrait de Nasta Rojc, dont le dos contient l’inscription Portrait symbolique. Moi lutteur, et qui a été mis en avant dans les textes d’Ivanka Reberski et Leonida Kovač. Cette peinture a été exposée lors de la rétrospective de Đurđa Petravić Klaić en 1996/1997, mais après l’exposition elle a disparu. Leonida Kovač a elle-même exprimé le regret que cette peinture soit « perdue ». J’ai voulu retrouvé l’Autoportait symbolique touchée par l’importance de cette peinture, sa modernité, en plus de l’analyse de l’œuvre complète de Nasta Rojc. Cette recherche m’a emmené hors de Croatie, dans une collection privée où se trouvaient quelques peintures de Nasta. En plus de l’autoportrait mentionné, on trouve encore deux paysages – un paysage d’hiver et un autre d’automne, ainsi que la découverte surprenante : Autoportrait au fusil de 1912 ! C’est une huile sur toile, de taille réduite, en fait une peinture qui a servi comme esquisse au chef d’œuvre de Nasta Rojc Autoportrait au costume de chasseur, 1912, qui se trouve dans la Galerie moderne de Zagreb. Cette exposition a de nouveau réuni ces deux travaux, qui l’un à côté de l’autre,   ont formé à nouveau un tout. On pourrait dire qu’avec cette rétrospective critique dans laquelle sont exposées les meilleures œuvres et celles qui sont les plus abouties, la boucle est bouclée. Il faut ainsi souligner que Nasta Rojc est une grande artiste, de par ses œuvres provenant de collections privées comme celle issues de la Collection du professeur Josip Kovačić, ainsi que celles présentes dans les musées croates en générale. En refermant la boucle qui nous a permis de rentrer dans l’univers pictural de Nasta dans le temps, à travers différentes phases, différents thèmes, motifs, techniques, nous avons voulu montrer au public et aux spécialistes toute la palette de son talent, son importance et sa valeur. Aussi, nous avons voulu lui porter un nouveau regard et lire son œuvre d’une autre manière, ce qui permettrait, nous l’espérons, de revaloriser toute l’œuvre de Nasta et par conséquent confirmer la position méritée à laquelle elle appartient dans le cercle des artiste croate modernes.
Je suis d’accord avec Ivanka Reberski, qui a écrit dans son texte de ce catalogue, combien il s’agit là d’une bonne peinture, et j’ajouterais, en se reportant au tout début de notre introduction, encore une chose - le grand art n’a pas de genre !
 
Jasminka Poklečki Stošić
directeur
 


 

 

 
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